MaPrimeAdapt’ : entre ambitions et réalités du terrain, le regard de Jean-Philippe Arnoux

Publié le · Temps de lecture : 9 minutes · Publié dans Ma prime Adapt , Marché de l'accessibilité

Depuis son lancement en janvier 2024, MaPrimeAdapt’ poursuit un objectif majeur : aider les Français à financer l’adaptation de leur logement pour prévenir la perte d’autonomie, sécuriser le quotidien et favoriser le maintien à domicile.

Un enjeu qui fait directement écho à la mission d’AKW : concevoir des solutions permettant à chacun de conserver son autonomie et son confort à domicile, notamment dans la salle de bains. Plus de deux ans après la mise en place du dispositif, quel bilan peut-on tirer ? MaPrimeAdapt’ permet-elle réellement d’anticiper davantage les besoins liés au vieillissement ? Quels freins persistent encore et quelles évolutions pourraient permettre d’aller plus loin ?

Pour prendre du recul sur ces premières années, nous avons donné la parole à Jean-Philippe Arnoux, directeur Silver Économie chez Saint-Gobain Distribution Bâtiment France, qui avait participé avec Luc Broussy aux premières réflexions ayant conduit à MaPrimeAdapt’.

Jean-Philippe Arnoux, directeur Silver Économie chez Saint-Gobain Distribution Bâtiment France.

Deux ans après, quels premiers enseignements ?

L’une des ambitions initiales de MaPrimeAdapt’ était claire : faire évoluer l’adaptation du logement d’une logique curative vers une logique plus préventive.

Sur le périmètre des dossiers aidés et subventionnés, Jean-Philippe Arnoux observe des premiers signaux encourageants. L’âge moyen des bénéficiaires serait ainsi passé d’environ 83 ans à une fourchette comprise entre 73 et 75 ans.

Pour lui, cette évolution montre que les particuliers peuvent anticiper lorsqu’ils sont accompagnés, qu’ils comprennent les bénéfices de l’adaptation et qu’un soutien financier leur permet de concrétiser leur projet.

Mais ce changement de comportement ne concerne pas encore toute la population.

« Pour les ménages qui ne bénéficient pas des aides, je ne suis pas certain que l’on ait dépassé le réflexe d’attendre le dernier moment. »

Une étape importante semble donc avoir été franchie auprès des ménages modestes et très modestes accompagnés par MaPrimeAdapt’, mais la prévention reste encore loin d’être un réflexe généralisé.

Et les besoins sont considérables. L’objectif de 680 000 logements adaptés en dix ans constitue selon Jean-Philippe Arnoux un premier cap, mais il rappelle que l’adaptation du logement concerne bien au-delà des seuls bénéficiaires actuels du dispositif.

Au-delà des seuls bénéficiaires de MaPrimeAdapt’, l’enjeu concerne l’ensemble de la population. Jean-Philippe Arnoux rappelle que les conséquences d’une chute ne s’arrêtent pas au logement : elles peuvent avoir un impact humain, familial et représenter également un coût pour la collectivité. C’est pourquoi l’adaptation ne peut pas être pensée uniquement comme une réponse destinée aux ménages les plus modestes.

Les difficultés rencontrées sur le terrain

Si l’ambition de MaPrimeAdapt’ est largement partagée, sa mise en œuvre reste confrontée à plusieurs réalités très concrètes.

Des pratiques qui peuvent varier selon les territoires

Le dispositif actuel reste globalement fidèle au projet imaginé à l’origine, mais Jean-Philippe Arnoux pointe une première difficulté : l’homogénéité de son application.

Le cadre initialement envisagé était davantage centralisé. Aujourd’hui, certaines solutions techniques peuvent être appréciées différemment selon les territoires.

« Dans la pratique, l’appréciation des solutions envisageables peut varier d’un territoire à l’autre. »

Une disparité qui peut complexifier la lecture du dispositif pour les particuliers comme pour les professionnels qui les accompagnent.

Des délais qui peuvent ralentir les projets

Autre point de vigilance : la fluidité du parcours et les délais d’instruction.

Le dispositif gagne en visibilité et l’intérêt des particuliers est bien présent. Mais pour Jean-Philippe Arnoux, les efforts indispensables de lutte contre la fraude doivent également s’accompagner de moyens suffisants pour ne pas ralentir l’accès aux aides et les projets d’adaptation.

« Mon inquiétude porte davantage sur la fluidité de sa mise en œuvre et sur les délais d’instruction. »

Lorsque l’adaptation répond à une perte d’autonomie déjà présente, le temps devient pourtant un élément déterminant.

Le reste à charge, toujours déterminant

Même avec une prise en charge importante, la somme restant à financer peut encore représenter un obstacle.

Jean-Philippe Arnoux distingue deux réalités : la capacité financière réelle du ménage, mais également la réticence à engager une dépense lorsque les travaux ne semblent pas encore indispensables.

Dans un contexte économique incertain, certains particuliers préfèrent conserver une épargne de précaution. Certains retraités souhaitent également continuer à soutenir leurs enfants ou petits-enfants, quitte à repousser un investissement pour leur propre confort.

Pour les ménages très modestes, la problématique est encore plus directe : une fois les dépenses courantes réglées, le financement des travaux peut fortement peser sur le reste à vivre.

« Même avec une aide importante, le passage à l’acte demeure difficile. »

Des solutions complémentaires peuvent alors contribuer à débloquer certains projets. Jean-Philippe Arnoux évoque notamment les financements permettant de répartir la dépense dans le temps, avec un enjeu essentiel : conserver des mensualités compatibles avec le budget du ménage et un reste à vivre suffisant.

Les acteurs bancaires et assurantiels ont ainsi, selon lui, un rôle à jouer aux côtés des aides publiques.

Comment débloquer davantage de projets ?

Réduire les freins financiers ou administratifs ne suffira pas à lui seul. Pour Jean-Philippe Arnoux, il faut également mieux informer, accompagner et sensibiliser.

Cela passe notamment par des actions de terrain auprès des particuliers, des professionnels du bâtiment et des collectivités territoriales.

Il cite à ce titre les démarches déjà menées par Saint-Gobain et AKW : participer à des salons, expliquer le dispositif, présenter les solutions existantes et permettre aux acteurs locaux de mieux accompagner les habitants dans leurs projets.

Mais la prévention pourrait aller encore plus loin.

Jean-Philippe Arnoux propose notamment de rendre plus accessible une évaluation préventive du domicile, y compris pour les personnes qui ne bénéficient pas d’aides aux travaux.

Le passage à la retraite pourrait constituer un moment privilégié pour proposer ce regard extérieur, par exemple entre 65 et 75 ans, avec l’intervention d’un ergothérapeute ou d’un professionnel du bâtiment formé selon les besoins.

Car les difficultés s’installent parfois progressivement, presque sans que l’on s’en rende compte.

« Nous passons souvent des années à compenser les difficultés de notre domicile : enjamber une baignoire, contourner un obstacle, prendre appui sur un meuble… »

Une diminution de la force musculaire, une baisse de la vision ou un simple moment d’inattention peuvent alors transformer une habitude en risque de chute. L’adaptation doit ensuite être réalisée rapidement, parfois avec des interventions plus lourdes.

Cette évaluation préventive aurait elle-même un coût, reconnaît Jean-Philippe Arnoux. Mais la rendre accessible au plus grand nombre pourrait permettre d’informer, de donner envie d’agir et d’aider chacun à se projeter plus tôt dans des travaux utiles.

L’objectif : faire de l’adaptation un projet anticipé, compris et choisi.

Vers une adaptation choisie plutôt que subie

Au-delà du financement et des démarches, il reste enfin un changement de perception à opérer.

Pour Jean-Philippe Arnoux, l’adaptation du logement reste encore trop souvent associée au vieillissement, à la dépendance ou à une contrainte. Or elle peut aussi devenir un véritable projet de confort, de décoration, d’investissement et de valorisation du logement.

« Nous devons surtout rendre l’adaptation désirable. »

Une salle de bains adaptée peut être esthétique, confortable et agréable à utiliser au quotidien. L’enjeu est donc de proposer des solutions qui répondent aux besoins actuels, tout en anticipant leur évolution future.

Une vision qui rejoint directement l’approche portée par AKW : penser des salles de bains accessibles et évolutives à partir des usages de chacun, sans opposer sécurité, confort et design. Jean-Philippe Arnoux cite d’ailleurs des solutions comme le Combo AKW pour illustrer cette notion de confort utile à toutes les générations.

Car l’accessibilité ne devrait pas être réservée à un âge ou à une situation particulière :

« Le confort et la sécurité ne sont pas l’apanage d’une génération ; ils concernent toutes les générations. »

Cette évolution du regard sera également déterminante pour mesurer le succès de MaPrimeAdapt’ dans les prochaines années. Pour Jean-Philippe Arnoux, il ne suffira pas de compter les logements adaptés. La véritable réussite serait que les Français accordent à l’adaptation de leur logement une importance comparable à celle qu’ils accordent aujourd’hui à la rénovation énergétique.

« Tout n’est pas une question d’argent. »

Les politiques publiques, la communication, les professionnels et les industriels ont tous un rôle à jouer pour faire progresser cette prise de conscience. Face à une transition démographique appelée à transformer durablement les usages, MaPrimeAdapt’ constitue un levier important, mais elle ne pourra pas répondre seule à l’ensemble des besoins.

Plus largement, cette réflexion s’inscrit dans les enjeux de la Silver Économie. Le vieillissement de la population transforme bien sûr le logement, mais également les transports, l’alimentation, les services et les usages du quotidien. Pour Jean-Philippe Arnoux, l’offre doit donc évoluer avec les profils et les besoins des consommateurs.

Et finalement, pour Jean-Philippe Arnoux, le véritable succès serait d’avoir durablement changé notre rapport à l’adaptation :

« Dans cinq ans, je considérerai donc MaPrimeAdapt’ comme un succès si elle a contribué à faire de l’adaptation un réflexe : un projet que l’on prépare pour mieux vivre chez soi. »

MaPrimeAdapt’ : AKW vous aide à y voir plus clair

Conditions d’éligibilité, montant de l’aide, travaux pouvant être financés, rôle de l’AMO, étapes à suivre… MaPrimeAdapt’ peut sembler complexe lorsqu’on commence son projet.

Pour vous aider à mieux comprendre le dispositif, AKW a rassemblé les informations essentielles dans un guide pratique consacré à MaPrimeAdapt’ et à l’adaptation du logement.

Vous y retrouverez les principales étapes du parcours, les solutions pouvant être financées ainsi que nos conseils pour penser une salle de bains réellement adaptée aux besoins et aux usages de son utilisateur.

→ Télécharger gratuitement notre guide MaPrimeAdapt’

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